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L'apologue Vous Paraît-il Une Forme D'argumentation Particulièrement Efficace ?

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Par   •  24 Février 2013  •  2 205 Mots (9 Pages)  •  1 891 Vues

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L’apologue, bref récit imagé illustrant une morale, est pratiqué par de nombreux auteurs soucieux de convaincre leurs lecteurs en recourant à cette forme littéraire plaisante et efficace. La Fontaine y voit par exemple le moyen d’instruire sans lasser : « Une morale nue apporte de l‘ennui ; le conte fait passer le précepte avec lui », de même que Charles Perrault, qui prétend illustrer une morale à l’aide de ses contes, des « bagatelles » certes, mais qui selon lui « renferment une morale utile ». C’est donc surtout parce qu’il joint l’utile à l’agréable que l’apologue paraît efficace à ces auteurs classiques, pour lesquels il est impensable de distraire sans instruire, et l’on peut se demander s’il ne serait pas, en effet, une des formes d’argumentation les plus efficaces qui soient, en raison de sa clarté, et de sa brièveté. Bien qu’ayant une forme argumentative plaisante, nous nous demanderons quelles sont les limites que connait ce genre au risque de manquer son objectif et d’obscurcir son propos. Nous verrons ainsi en première partie les qualités de l’apologue, qui font de lui une forme d’argumentation particulièrement efficace, puis nous montrerons en seconde partie qu’il court cependant le risque d’être ambigu. Enfin dans une troisième partie nous le comparerons aux autres genres argumentatifs.

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[idée de I] L’apologue peut être une forme d’argumentation efficace en raison de ses qualités intrinsèques : c’est en effet un genre plaisant, qui articule une morale à un récit vivant, bref et clair.

L’apologue nécessite d’abord que le récit enrobant la morale soit aussi plaisant que possible. C’est pourquoi ce genre est volontiers humoristique ou ironique. Amuser le public permet de préparer celui-ci à accepter la morale du récit. Les fables de la Fontaine recourent fréquemment à l’humour, ainsi dans l’Ours et l’Amateur des jardins, un ours voyant son ami jardinier endormi assailli par des mouches décide de l’aider en se saisissant d’une grosse pierre, qui tue les mouches …et le dormeur, illustrant plaisamment la morale du conteur : « Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ». La satire, qui dénonce les défauts des hommes et les abus auxquels leur condition les conduit, contribue elle aussi à rendre l’apologue humoristique. Chez la Fontaine, c’est le milieu hypocrite et injuste de la cour qui fournit bien souvent la cible de la satire, comme le montre la fable Les Obsèques de la lionne, qui met en scène le succès que l’on rencontre en mentant devant les rois. Les animaux malades de la peste dénonce de même les « jugements de cour », capables de condamner l’innocent au mépris de toute équité.

Mais l’apologue ne tire pas seulement sa force de sa drôlerie : celle-ci est fréquente, mais n’est pas essentielle à ce genre. Son pouvoir de persuasion lui vient tout autant de sa clarté. En effet, le récit bref ne souffre pas de grandes complexités : le nombre de personnages est souvent restreint, et l’intrigue offre le minimum de prolongements et de rebondissements : ainsi de la fable du Corbeau et du Renard, qui se contente de 2 personnages et dont la péripétie conduit à une simple inversion des positions, entre celui qui possède le fromage et celui qui ne le possède pas. C’est la parole du renard qui a opéré ce renversement, illustrant bien sûr le pouvoir de la flatterie. Dans le Loup et l’agneau, même chose : deux personnages antagonistes prennent la parole avant que le premier ne dévore le second. Encore le dialogue qui précède l’action est-il artificiel, le loup n’ayant au fond guère besoin de raisons pour dévorer sa proie naturelle, l’agneau. C’est bien une parodie de procès qui a eu lieu, pour montrer que la justice est illusoire et que seule y triomphe « la raison du plus fort ».

Drôle parfois, bref et clair toujours, l’apologue est de plus un genre argumentatif concret, qui met en situation la morale et se préserve donc d’une trop grande abstraction. Il peut ainsi prétendre à une audience universelle . Cette qualité explique par exemple le choix de genres enfantins comme la fable pour La Fontaine, ou le conte pour Perrault, et le succès de ces auteurs face à un jeune public. Le conte de Perrault, le petit Chaperon rouge, met ainsi en scène de la manière la plus concrète qui soit l’avertissement bien souvent donné aux jeunes filles par leurs parents, de ne pas faire confiance aux inconnus :

On voit ici que de jeunes enfants,

Surtout de jeunes filles

Belles, bien faites, et gentilles,

Font très mal d’écouter toute sorte de gens,

Et que ce n’est pas chose étrange,

S’il en est tant que le Loup mange.

Quand le petit Chaperon rouge se déshabille et rejoint le loup dans le lit, et que le loup lui dit que ses grands bras sont faits pour mieux l'embrasser, la tentative de séduction est évidente. Le conte présente ainsi les conséquences concrètes de la désobéissance afin de mieux inciter les jeunes filles à la prudence que par un conseil abstrait. On voit ainsi que l’apologue peut enseigner une véritable sagesse, et proposer non seulement des conseils mais des maximes de conduite accessibles à tous. Les valeurs proposées par La Fontaine sont ainsi d’ordre épicurien, comme dans le Héron et la Fille par exemple, qui nous invitent à jouir des biens de ce monde au moment où ils se présentent, avant qu’ils ne nous fassent défaut. Jésus lui-même dans les Evangiles, recourt volontiers aux paraboles, afin de transmettre des valeurs universelles et accessible à tout public. La parabole du fils prodigue dans l’Evangile selon St Luc donne ainsi un exemple clair des vertus du pardon que tout chrétien est appelé à pratiquer. L’allégorie de la caverne, développée par Platon dans la République livre VII, délivre une vérité philosophique à prétention elle aussi universelle : le monde n’est qu’un théâtre d’ombres dont se désintéressent ceux qui ont aperçu le soleil de la vraie justice, du vrai Bien.

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[transition I-II] Drôle, simple et concret, d’un côté, capable d’enseigner des valeurs universelles de l’autre, l’apologue a donc toutes les qualités pour séduire le public le plus large. Cependant, l’articulation du récit à la morale y est délicate, et là réside sans doute son point faible : [idée de II]que cette articulation manque de perfection, et le texte devient obscur.

En effet

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