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Commentaire linéaire "La Rencontre" - Abbé Prévost, Mabon Lescaut

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Par   •  15 Janvier 2026  •  Commentaire de texte  •  1 726 Mots (7 Pages)  •  611 Vues

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Parcours PERSONNAGES EN MARGE ? PLAISIRS DU ROMANESQUE

ABBÉ PRÉVOST / Texte n°5 : « La rencontre »

  • Manon Lescaut, roman publié en 1731 par l’Abbé Prévost (1697-1763), écrivain français du XVIIIᵉ siècle, connu pour ses romans d’analyse des passions et pour la richesse psychologique de ses personnages.
  • Manon Lescaut s'inscrit dans le mouvement du retour de la sensibilité après le rationalisme des Lumières. L'abbé Prévost, mettant à profit son art du récit et de la mise en scène, dépeint un « exemple terrible de la force des passions ».
  • Dans ce passage extrait de la 1ère partie, peu de temps après le tout début du roman, Des Grieux, le narrateur, raconte avec sa première rencontre avec Manon à Amiens.
  • Le texte met en scène le coup de foudre du jeune homme tout en exposant les premiers obstacles qui vont marquer le destin tragique des personnages.
  • Des Grieux est un homme plus âgé quand il raconte cette première rencontre et la naissance de sa passion. Il a du recul par rapport aux événements que ne connait pas encore le lecteur. Il envisage cette rencontre a posteriori, avec de la distance, mais également avec la lucidité d’un homme qui a fait l’expérience de la vie.
  • Cette scène est fondatrice car elle entraine Des Grieux, mais aussi Manon dans la passion amoureuse qui occupera la suite du roman. Le lecteur peut déjà imaginer la destinée funeste des deux jeunes gens, qui ne sont alors pas encore amants.

Pbtq : Comment ce passage met-il en scène la naissance d’une passion qui va mener les personnages vers leur perte ?

  1. Lignes 1 à 8 : Mise en scène de la rencontre
  2. Lignes 8 à 17 : Le coup de foudre
  3. Ligne 17 à la fin: Le portrait de Manon

1er mouvement (lignes 1 à 8) : mise en scène de la rencontre

  • Cette scène inaugurale pose tout d’abord un contexte, temporel et géographique. Le hasard d’un évènement (la flânerie désœuvrée de Des Grieux qui, en compagnie de son ami Tiberge, attend son départ fixé au lendemain) met en présence Des Grieux et Manon, qui débarque du coche d’Arras. Sa démarche est annoncée comme étant complètement innocente.
  • On note dès le début de l’extrait que la rencontre entre DG et Manon se fait sous le signe du destin, c’est-à-dire de la fatalité. L’interjection « Hélas ! » marque le point de départ de cette rencontre et annonce quelque chose de funeste. La ponctuation forte, expressive (deux points d’exclamation), traduit la détresse du narrateur.
  • Mais ce n’est qu’avec la distance qu’il a par rapport aux événements que Des Grieux peut exprimer cette détresse ; il sait avec recul que cette rencontre avec Manon est marquée par le destin. On doit alors comprendre qu’il regrette ce qui va suivre dans le récit puisqu’il connait les conséquences de cette rencontre. La prolepse due à la différence de point de vue entre narrateur et personnage, suscite la curiosité du lecteur, le place en état d’attente.
  • Le narrateur annonce également avoir perdu son « innocence ». Le destin aurait sans doute été autre s’il ne l’avait pas perdue.
  • La situation initiale, la tranquillité dans laquelle est Des Grieux qui se « promène », est brusquement interrompue par l’apparition d’un élément perturbateur exprimé au passé simple : « nous vîmes ». L’action s’accélère dès l’arrivée du coche : « nous vîmes » / « nous suivîmes » ; on remarque que l’action se fait naturellement et qu’à la vue correspond un verbe d’action « suivîmes », DG semble alors être emporté malgré lui vers son destin. Tout se passe au passé simple. Manon et DG vont rapidement faire connaissance, comme s’ils étaient attirés l’un vers l’autre.
  • On remarque d’ailleurs que Tiberge disparaît alors brutalement ; il réapparaîtra quelques pages plus tard et le lecteur apprendra que DG a pris soin « de [se] défaire de lui en l’éloignant ». Cette ellipse contribue à accélérer l’intrigue et à focaliser l’attention du lecteur sur le couple qui paraît alors comme seul au monde sous l’effet de l’amour naissant.


2ème mouvement (lignes 8 à 17) : le coup de foudre

  • DG est subjugué et le rythme de la phrase met en valeur le caractère unique de l’apparition de Manon ; la conjonction de coordination « mais » met en valeur la force de l’apparition et oppose la tranquillité de la promenade à la brutalité de l’apparition de Manon. Elle est d’abord présentée de façon indéfinie : « mais il en resta une, fort jeune, qui s’arrêta seule dans la cour ». L'idée de la fatalité de la rencontre apparaît déjà, alors que toutes les autres femmes se retirent.
  • Manon se démarque alors de toutes les autres femmes. Elle est unique. Le verbe « paraître » est répété à deux reprises (« un homme d’un âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur », « Elle me parut si charmante ») : il dit l’étonnement des sens dans lequel se trouve le personnage.
  • Enfin, l’adjectif « charmante » est très important ; en effet, le verbe « charmer » signifie originellement un « chant magique qui ensorcelle » ; Manon est celle qui « ensorcelle », elle plait jusqu’au « transport ».
  • « Transport » est à entendre dans le sens de « délire » : DG est donc bel et bien ensorcelé par Manon.
  • On remarque ensuite que l’excès et la vivacité caractérisent les sentiments de Des Grieux : il s’avoue « enflammé » (il pense en effet à la « différence des sexes »). L’émoi du jeune homme ne manque pas de se manifester physiquement. Des Grieux est soudain pris de désir, face à celle qu’il appelle désormais la « maîtresse de [son] cœur ». Elle l’est devenue (alors qu’il ne la connait que depuis quelques secondes) par une sorte d’ensorcellement, de tour de magie : c’est le coup de foudre !
  • L’intensité de la passion est également traduite par la métaphore du feu, traditionnellement utilisée de manière hyperbolique pour évoquer la passion amoureuse. Pour la première fois, le jeune homme éprouve une passion violente pour une jeune femme.
  •  Il note par ailleurs que cela se produit « tout d’un coup », c’est-à-dire sans qu’il ait le moyen d’y penser ou d’y réfléchir. Ce sentiment nouveau contraste, dit-il, avec son tempérament naturel et le jeune héros prend conscience du bouleversement brutal et violent qui s’opère en lui. Il note en effet un peu avant que « tout le monde admirait (s)a sagesse et (s)a retenue ».
  • Il peut alors s’avancer vers elle car quelque chose en lui s’est produit : il est amoureux.


3ème mouvement (ligne 17 à la fin) : le

  • Des Grieux s’empresse de dresser le portrait, bref mais élogieux, de cette inconnue. Elle reste un pronom, « elle » plutôt qu’un prénom quoiqu’elle soit devenue « la maîtresse de [s]on cœur ».
  • Il insiste à deux reprises sur la jeunesse de l’inconnue : elle d’abord est « fort jeune », et il note encore :
    « quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi ». La jeunesse de Manon est une marque supplémentaire de sa beauté. Dans une société où l’on meurt couramment à 35 ans, la jeunesse est une preuve de vie.
  • Elle est remarquable pour cela car elle a aussi une forme de légèreté et de naïveté, voire d’innocence : « air charmant »,« douceur » ; elle s’exprime aussi « ingénument ».
  • La rencontre a donc un caractère fatal et, la répétition de l’adjectif « charmant » (« un air charmant de tristesse ») montre bien à quel point DG est aveuglé par la beauté de Manon
  • Elle apparait en effet comme une jeune femme énigmatique, insaisissable et capable de bouleverser les âmes les plus droites
  • Au fur et à mesure de leurs échanges, les deux jeunes gens prennent conscience des obstacles à leur union. Manon a fait preuve de lucidité en évoquant sa destinée au couvent où elle devra se plier à la « volonté du ciel ». On rappellera qu’à ce moment de l’intrigue, Des Grieux, quant à lui, doit intégrer le séminaire parisien de Saint-Sulpice pour y suivre une éducation religieuse. Ces choix sont en réalité ceux que formulent leurs parents.
  • Le narrateur recourt au lexique de la violence et de la cruauté pour qualifier le projet des parenst de Manon : « je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs ».
  • Le « penchant » démesuré que manifeste Manon pour les plaisirs sera également un obstacle et la source de tous les ennuis de Des Grieux. Mais il ne le sait pas encore au moment de boulversant coup de foudre.
  • Le thème du destin tragique auquel il ne peut échapper en compagnie de cette jeune fille hante les pages du roman et prend naissance dès le prélude à leur amour. Il n'y a rien de tel pour aviver le désir du lecteur d'entrer dans la fiction.
  • Le champ lexical de la fatalité apparaît et se conjugue à celui des malheurs et de la mort. Le jeune homme prendra très vite conscience de son impuissance face à la fatalité.

CCL

  • Dans ce passage naît une passion destructrice entre les deux protagonistes de l’histoire. Cette scène doit se lire sous le signe de la fatalité : les deux personnages ont conscience des malheurs qui les attendent, aussi bien le chevalier Des Grieux que Manon. Cette scène oppose aussi la naïveté de Des Grieux et sa « rhétorique scolastique » à l’intelligence de Manon. Elle est plus précoce que lui, elle a le sens de la séduction et surtout elle est capable de ruse, comme le montrera la suite de ce passage.
  • La narration crée enfin de l’ironie tragique, ne serait-ce que par le fait que Des Grieux comprend dès leur premier échange qu’il n’est pas aussi malin que la jeune femme qu’il vient de rencontrer.
  • Ce récit du premier souvenir est placé tout entier sous l’éclairage des suites fatales de l’aventure. Deux regards se superposent : celui du jeune chevalier, charmé par Manon et celui d’un narrateur mûri par l’expérience douloureuse de la passion : récit et confession se conjuguent pour poser pour la première fois l’une des questions fondamentales du roman : Qui est Manon ?

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