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Ne peut-il pas exister en l'homme une forme de dualité qui rend possible un tel rapport à soi ?

Dissertation : Ne peut-il pas exister en l'homme une forme de dualité qui rend possible un tel rapport à soi ?. Recherche parmi 254 000+ dissertations

Par   •  22 Novembre 2012  •  Dissertation  •  2 067 Mots (9 Pages)  •  1 092 Vues

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(Introduction)

Il semble a priori impossible de se mentir à soi - même : l’expression même, si on l’analyse un tant soit peu, apparaît paradoxale. En effet, pour qu’un mensonge ait lieu, il est nécessaire qu’il y ai deux personnes qui ne soient pas dans la même situation : celle qui, dans son discours, cache volontairement une vérité qu’elle connaît et celle qui est susceptible d’être trompée par un tel discours. Or, dans le cas qui nous intéresse il faudrait que ce soit la même personne qui adopte en même temps deux rôles diamétralement opposés ; ce qui semble clairement impossible.

Cependant, comment expliquer que l’on puisse utiliser cette expression pour désigner un type d’attitude possible chez l’être humain ? Ainsi, par exemple, on pourra dire d’un amoureux passionné qui refuse de voir qu’il n’est pas aimé en retour de la même façon, qu’il cherche à « s’aveugler », « qu’il se ment à lui-même.

Nous sommes donc en droit de nous demander s’il est possible de se mentir à soi-même. Ne peut - il pas exister en l’homme une forme de dualité qui rend possible un tel rapport à soi ?

(Partie I)

Si l’on présuppose l’existence d’une continuité et d’une unité dans la vie psychique consciente de l’être humain, les conditions pour qu’un mensonge soit possible ne sont pas réunies.

De ce fait, comme nous l’avons évoqué, le mensonge suppose, d’une façon générale, l’existence de deux personnes qui sont dans des situations différentes, et même diamétralement opposées. IL est d’abord nécessaire qu’il y ai « un menteur », autrement dit quelqu’un qui connaît une vérité (ou qui croit en connaître une) et qui choisit volontairement de la masquer par un discours faux, dans le but de tromper autrui. Il faut ensuite « quelqu’un à qui l’on ment », lequel ne doit pas connaître la vérité, ni même simplement avoir conscience qu’on cherche à la tromper. Cela posé, il apparaît alors clairement, semble -t-il, que ces deux figures (le menteur et celui à qui l’on ment) ne peuvent pas cohabiter en un même et unique homme : il lui faudrait en même temps connaître et ne pas connaître la vérité, en même temps avoir l’intention de se tromper et ne pas avoir conscience de cette situation qui est la sienne ; ce qui apparaît contradictoire.

En effet, comme l’analyse Bergson dans sa conférence intitulée L’âme et le corps (publiée dans l’énergie spirituelle), notre capacité-même de penser et de parler ( de façon cohérente) suppose à tout instant la mémoire intégrale de nos pensées intérieures (et donc la possibilité de ne montrer indéfiniment dans la mémoire de notre passé vécu) : « . A vrai dire, quand j’articule le mot « causerie », j’ai présents à l’esprit non seulement le commencement, le milieu et la fin du mot, mais encore les mots qui ont précédé, mais encore tout ce que j’ai déjà prononcé […] ; sinon, j’aurais perdu le fil de mon discours.[…]Or, je crois bien que notre vie intérieure tout entière est quelque chose comme une phrase unique entamée dès le premier éveil de la conscience, phrase semée de virgules, mais nulle part coupée par des points. »(p.56.57).

Dans une telle perspective, il semble donc bien que la réponse au sujet qui s’impose soit une réponse négative : si l’on excepte le cas très particulier de la folie, le mensonge à soi-même est impossible, puisqu’il est impossible qu’un individu ayant une vie mentale structurée et cohérente oublie totalement ses pensées antérieures et soit incapable de les rattacher à ses pensées présentes. Il ne peut pas avoir connu une vérité et ne plus du tout pouvoir en prendre conscience, avoir eu une intention et ne plus du tout pouvoir s’en rappeler. Cependant, une telle analyse n’exclut pas la possibilité que certaines pensées (ou certains sentiments) que nous avons eu, mais qui peuvent difficilement prendre place dans la continuité de notre vie mentale consciente, soient oubliées totalement et restent donc inaccessibles à notre conscience. Si l’on envisage alors l’existence d’un inconscient psychique, tel que le conçoit Freud, ne peut-on pas reposer le problème de la possibilité d’un mensonge à soi-même ? L’hypothèse d’un inconscient psychique ne permet - il pas de réintroduire dans l’esprit humain une forme de dualité, condition même du mensonge ?

(Partie III)

De fait, si l’on pose que toute vie psychique, même la moins pathologique qui soit, se divise en deux domaines cloisonnés, dont l’un est inaccessible à notre conscience, il devient concevable que l’inconscient d’un homme masque à la conscience de celui-ci une vérité.

La première ébauche de la théorie freudienne du système psychique, telle qu’elle s’élabore dans L’introduction à la psychanalyse, est que nous sommes amenés à vivre des conflits psychiques entre des tendances inconciliables qui s’affrontent en nous ; le plus courant étant le conflit entre un désir et une valeur morale à laquelle nous adhérons. Or, pour éviter que ce type de conflit, producteur d’une violente tension dans notre esprit, ne se prolonge ( ce qui menacerait notre équilibre mental ) , il existe un mécanisme de défense inconscient, présent dans notre esprit, qui est capable de refouler la (ou les) tendance(s) perturbatrice(s) hors du domaine de notre vie mentale accessible à notre conscience ( hors du « système inconscient-conscient ») ; ce qui permet de mettre fin au conflit. Mais la tendance perturbatrice, qui ne peut alors plus se manifester sur le plan de la conscience (puisqu’elle est refoulée dans l’inconscient ) peut alors se manifester indirectement à travers des attitudes mentales (comme les rêves) ou des attitudes corporelles (comme les névroses, actes manqués), dont nous n’avons plus la maîtrise.

Dans cette perspective, on retrouve donc bien les conditions qui rendent possible le mensonge au cœur-même de notre esprit. En effet, l’individu qui a refoulé certaines pensées ou certains sentiments n’y a plus accès sur le plan de sa vie mentale consciente : ils lui sont cachés. D’autre part, cet individu n’a pas non plus conscience d’avoir opéré un tel refoulement (lequel correspond à un mécanisme de défense du « moi » qui est inconscient). Si l’on se réfère ainsi au cas de Elizabeth von R., exposé par Freud dans les Études sur l’hystérie, il apparaît ainsi par exemple que cette jeune

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