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Le Mythe De Jeanne D'Arc

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Par   •  24 Novembre 2012  •  3 262 Mots (14 Pages)  •  1 237 Vues

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Jeanne d’Arc, de la réalité au mythe.

Cinq siècles après le bûcher de Rouen, il est encore bien difficile de saisir précisément la personnalité emblématique de Jeanne d’Arc. La petite paysanne de Lorraine fait toujours l’objet, malgré elle, d’une abondante littérature. Livres ou articles de spécialistes, romans historiques, les publications s’accumulent depuis longtemps et proposent, avec plus ou moins de succès, le portrait d’une figure nationale complexe, souvent reconstruite selon les besoins politiques d’une époque.

Sorcière pour les partisans du roi d’Angleterre au XV° siècle, envoyée de Dieu pour les Armagnacs, de son vivant déjà, la Pucelle d’Orléans nourrit les passions. Aujourd’hui, les enjeux ne sont bien évidemment plus les mêmes. Que Jeanne d’Arc ait réellement reçu ou non du Ciel sa mission, peut importe. Qu’elle ait véritablement entendu les voix de Sainte Catherine ou de Sainte Marguerite, là n’est pas l’essentiel. Les historiens savent qu’il est tout à fait impossible- et d’ailleurs peu intéressant- de trancher ce genre de question.

Jeanne appartient avant tout à un siècle, à un groupe social, à une culture spécifique. Ses comportements, ses valeurs, ses croyances ne peuvent être compris et pleinement appréhendés qu’à la lumière du contexte dans lequel elle vécut. Choisie par Dieu pour conduire le dauphin Charles au trône de France et à la victoire sur l’Anglais, la jeune femme en est convaincue. C’est là même l’essence de son action politique et militaire. Folie ? Désordres nerveux ? (Le rationalisme scientifique de notre temps est passé par là). C’est faire bon marché d’une réalité quotidienne au Moyen Age : l’existence d’une religiosité approfondie et la certitude partagée que le Ciel enverrait bientôt une réponse aux malheurs du royaume (Occupation anglaise et divisions sanglantes des princes). Avant Jeanne, les prophétesses n’ont pas manqué. Certaines (Marie Robine, Pieronne la Bretonne, Jeanne- Marie- Maillé) se sont présentées à la cour du roi, porteuses d’un message divin. Les rumeurs populaires quant à l’arrivée prochaine du sauveur déterminé à restaurer au nom de Dieu l’unité du royaume baignent sans doute l’enfance de la petite Lorraine. Quand, parvenue au seuil de l’adolescence, elle s’engage pour le périple hasardeux et délicat devant la conduire jusqu’aux portes du château de Chinon, nul ne songe véritablement à la retenir (elle obtient l’aide précieuse des compagnons de route que Robert de Baudricourt lui offre). Le dauphin ne la repousse d’ailleurs pas davantage et accepte même un entretien personnel parce que lui- même attend du fond de sa solitude un signe de Dieu.

Jeanne, fille d’une époque ? Oui mais pas seulement. Jeanne est aussi ce que l’Eglise en a fait. La Pucelle d’Orléans ne sait pas écrire : elle arrive d’un monde où l’oral remplace l’écrit que peu de gens maîtrisent. Dans les campagnes occidentales, les élites paysannes savent au mieux inscrire leur nom au bas d’un contrat ou d’un registre. Pour le reste de la société rurale (Curés et seigneurs mis à part), l’instruction demeure très sommaire quand elle n’est pas tout simplement ignorée (Attention néanmoins, il n’est pas rare que les écoles urbaines accueillent parmi elles des enfants de laboureurs).

Jeanne n’a donc laissé derrière elle ni mémoires, ni récit où elle aurait évoqué ses faits et gestes, retracé son parcours, renseigné l’historien sur ses croyances, son imaginaire. Tout ce que les spécialistes savent à son propos, tous les textes rapportant son action, ses comportements, sont le fruit de clercs lettrés que les cursus universitaires ont patiemment formés.

Deux sources essentielles offrent aux médiévistes actuels l’occasion de mieux cerner Jeanne d’Arc : les actes rédigés au cours de son procès en 1431 qui devait aboutir à sa condamnation et de celui de 1456 pour sa réhabilitation posthume. A ce corpus s’ajoutent quelques chroniques rédigées après les évènements qu’ils décrivent.

Puisqu’ils sont les seuls à disposer de l’écriture, les clercs retranscrivent (et de ce fait orientent) les débats judiciaires et les interrogatoires (d’autant plus que Jeanne est jugée par un tribunal ecclésiastique) ou, pour d’autres, entreprennent la composition de récits rappelant les étapes essentielles de son épopée.

Les textes parvenus aux spécialistes d’aujourd’hui fournissent matière à de nombreux travaux d’érudition. Ils intéressent particulièrement les recherches parce qu’ils donnent le moyen, entre autres, de saisir les contours et le contenu d’une culture savante, élaborée par l’Eglise à partir des Saintes Ecritures.

Jeanne y est vue tantôt comme une affreuse pécheresse, hérétique et sorcière (procédure de 1431), tantôt comme le signe divin que le royaume attendait pour sa délivrance (procédure de 1456). Certes, ce type de source n’offre qu’une image parfois simpliste de la petite paysanne de Lorraine et ne s’attache qu’à certains aspects de sa carrière. Mais, il en donne aussi une vision reconstruite et adaptée à la culture des clercs.

Une vision parfois trompeuse, troublante qui en dit pourtant beaucoup sur les mentalités de l’époque médiévale.

JEANNE D’ARC NEE LE 6 JANVIER 1412 ?

L’histoire officielle fixe de coutume la naissance de Jeanne d’Arc au 6 Janvier 1412. Une précision surprenante puisque lors de son procès, la Pucelle d’Orléans déclare ne pas connaître exactement son âge.

Pour les populations du Moyen Age, ce genre incertitude est fréquent. Si aujourd’hui on se situe facilement dans le temps, au XV° siècle, il en va bien autrement. Au cœur d’un royaume où le premier jour de l’année varie de date selon les provinces (Noël, Pâques…), les hommes sont très mal renseignés sur le moment exact de leur venue au monde. Nul ne sait véritablement son âge. A Rouen, Jeanne affirme à ses juges avoir « 19 ans environ ».

Il paraît utile de s’interroger : pourquoi admettre que la jeune Lorraine soit née un 6 Janvier, jour traditionnel de l’épiphanie ? Dans le calendrier liturgique, cette date est lourde de signification. Elle rappelle l’arrivée des rois mages auprès de Jésus. Les trois souverains, porteurs de présents, sont les premiers à reconnaître le Messie en l’enfant que Marie leur présente.

En 1456, les enjeux politiques du procès de réhabilitation sont capitaux : Charles VII tient une position inconfortable. Certes il tire sa légitimité du sacre de 1429

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