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Commentaire Composé de la fable Le Loup Et Le Chien De La Fontaine

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Par   •  11 Avril 2012  •  2 989 Mots (12 Pages)  •  3 461 Vues

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Introduction

Les fables de La Fontaine apparaissent comme un condensé de la sagesse populaire. Les préceptes qui les accompagnent sont souvent devenus des proverbes ; nous avons tous appris dans notre enfance Le Lièvre et la Tortue ou Le Corbeau et le Renard et nous savons depuis que « Rien ne sert de courir/ Il faut partir à temps » ou que « Tout flatteur vit au dépens de celui qui l’écoute ». Dans Le Loup et le Chien pourtant on ne trouve pas de précepte ni de devise ; La Fontaine met en scène la rencontre d’un chien épris de confort et d’un loup amoureux de la liberté mais il ne nous invite pas pour autant à suivre une règle de comportement. Devons-nous alors penser que cette fable-ci ne possède pas d’enseignement moral ? Pourrait-on trouver cependant qu’au travers du récit le narrateur manifeste sa sympathie à un animal plutôt qu’à l’autre et qu’il nous invite, implicitement, à imiter sa manière de vivre ? Pour répondre à ces questions nous étudierons tout d’abord l’art du récit et la manière dont le fabuliste suscite en permanence l’intérêt du lecteur ; nous montrerons ensuite comment chacun des animaux incarne des traits de caractère et des comportements humains, enfin nous nous interrogerons sur la portée morale de cette fable.

I L’Art du récit

L’intérêt du lecteur est suscité tout d’abord par l’aspect dramatique de la confrontation. Le narrateur décrit en un vers la situation effrayante du loup  (« Un loup n’avait plus que les os et la peau » v. 1) puis il oppose à cet animal famélique le chien, plein de santé : « Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau » (v.3). Deux vers donnent un complément d’explication : le loup est chassé par les chiens, le dogue a perdu son chemin. Tout est dit en très peu de mots : la détresse du loup, le risque d’un combat. Tout dans ce récit est dirigé vers l’action : le contraste et la confrontation entre les deux animaux, les verbes d’action (« il rencontre », « l’attaquer, le mettre en quartier »), les vers courts (huit syllabes) et la série d’enjambements qui traduisent la suite ininterrompue d’observations et de décisions :

« L’attaquer le mettre en quartiers,

Sire loup l’eût fait volontiers

Mais il fallait livrer bataille... » (v. 5-7)

Notons aussi qu’il y a un suspense. Dans la nature le loup devrait normalement venir à bout du chien mais ici la situation est indécise : Que va-t-il se passer ? Ce suspense est renouvelé quand le loup pose des questions au chien, tout d’abord pour accepter sa proposition (« Que me faudra-t-il faire ? » v. 22) puis pour l’interroger sur la marque qu’il voit à son cou : « Qu’est-ce là ? » (v. 34)

A cela s’ajoute une série de surprises et de rebondissements. On croirait le loup moralement vaincu par le chien mais tout de suite après c’est ce dernier qui se trouve en situation de faiblesse puisqu’il élude la question (« Qu’est-ce là ? lui dit-il… – Rien. - Quoi rien ? - Peu de chose. » v. 33).

L’art du récit tient aussi aux variations d’angle de vision et de modes de narration et notamment à l’alternance rapide de récit et de discours. Le narrateur donne d’abord une vision générale de la situation puis il nous la fait vivre à travers les pensées du loup (« Mais le mâtin était de taille/ à se défendre hardiment » v. 5-8), il s’efface ensuite pour laisser la parole au chien. Notons à ce propos que, pour plus de vivacité, le passage du récit au dialogue est amené directement, la formule d’introduction étant rejetée en fin de phrase : « Il ne tiendra qu’à vous, beau sire / D’être aussi gras que moi, lui repartit le chien » (v. 13). Nous entrons alors dans une petite scène de comédie. Au milieu du dialogue le narrateur annonce brièvement le retournement de situation (« Chemin faisant, il vit le col du chien pelé ») et il s’efface aussitôt. Il intervient dans le dernier vers pour donner l’épilogue : « Cela dit, maître loup s’enfuit, et court encor ». Remarquons que ce dernier vers est un mélange de récit (« maître loup s’enfuit » : passé simple, temps du récit) et de discours (« et court encor » : présent d’actualité, temps du discours). Le présent d’actualité suggère que le narrateur s’adresse directement au lecteur, comme s’il nous parlait ; la distance entre l’écriture et la lecture est effacée.

Ainsi récit et discours se mêlent intimement sans qu’il n’y ait de temps mort. Comme un baladin dans une foire La Fontaine captive son auditoire par une histoire puis dresse des tréteaux pour une petite comédie, enfin il interpelle l’assistance. 

D’autre part, notre imagination est excitée par une série de détails saisissants et d’image comiques. Comique et saisissant est le contraste entre le loup efflanqué et le chien gras tout comme l’est l’image du loup qui tel un boucher méthodique découperait le chien en quartier ; que dire de l’image du loup qui pleure de tendresse ?

« Le loup déjà se forge une félicité qui le fait pleurer de tendresse. »

Tendresse de loup bien sûr, il ne songe qu’à bâfrer, mais le contraste est trop fort entre l’image de la bête féroce et celle des larmes ; on comprend que La Fontaine ait suscité l’intérêt des grands illustrateurs et des caricaturistes. Notons l’usage du présent de narration qui rend la scène plus vivante, plus actuelle. On imagine le conteur s’arrêter dans son récit, pour mimer devant l’assistance le loup attendri.

Enfin, la versification en vers libres apporte rythme et vivacité au récit. Au rimes plates et aux vers courts du début succèdent des rimes embrassées (v. 15 à 25) et une alternance de vers de huit syllabes et d’alexandrins (v. 13, 21, 23, 25, 27, 30) puis des rimes croisées et un rythme plus irrégulier : nulle monotonie dans ce poème. Le vers libre accompagne les inflexions de la voix, le passage de la tension au relâchement. Les vers courts du début, au rythme nerveux, (v. 5 à 9) suggèrent l’agitation du loup, puis tout se calme quand le dialogue s’instaure ; enfin, dans les derniers vers, le contraste entre la longueur de l’alexandrin et le rythme haché des questions suggère le décalage entre l’insistance du loup et les réponses évasives du chien.

Le grand art du conteur est de nous faire vivre cette fable au lieu de simplement

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