LaDissertation.com - Dissertations, fiches de lectures, exemples du BAC
Recherche

Fiche de lecture - Féminisme au Chiapas

Fiche de lecture : Fiche de lecture - Féminisme au Chiapas. Recherche parmi 241 000+ dissertations

Par   •  18 Mai 2018  •  Fiche de lecture  •  1 797 Mots (8 Pages)  •  191 Vues

Page 1 sur 8

INTERSECTIONNALITE : L'étude du féminisme dans la région de Chiapas au Mexique.

        Le féminisme, au sens où il est compris en Occident, est loin de faire l'objet d'une universalité objective. En effet, ce dernier se base sur l'analyse des rapports hommes femmes s'inscrivant dans une logique de domination et contre lequel il s'agit de lutter afin d'obtenir une parfaite égalité des droits. Mais dans les pays asiatiques et américains, le féminisme prend un tout autre sens, et (même dans les pays occidentaux) l'unique prisme genré de l'analyse semble ne plus suffire. Il s'agit donc d'envisager l'étude des discriminations sexuelles de manière plus large, en prenant en compte d'autre critères que celui du genre, notamment celui de la race ou de la classe. A titre d'exemple, il semble difficile d'envisager la condition des femmes en Inde à travers le seul prisme du genre alors même que l'ensemble du corps social est soumis à des dynamiques internes largement basées sur le système de castes (qui peut être interprété comme un durcissement de la classe) issu du modèle sociologique hindouiste. Cela change de manière importante la considération des femmes qui varient en fonction des castes et des couches sociales intracastiques. Les théories de l'intersectionnalité sont en ce sens un moyen de mieux comprendre les problèmes inhérents à la discrimination sexuelle. Ce terme d'intersectionnalité a été pour la première fois écrit et théorisé par Kimberley Crenshaw et désigne la variété de situations à l'intérieur d'un mouvement social tel quel le féminisme où certains groupes de femmes peuvent se trouver à l'intersection de problèmes de discriminations basées  sur la race, la classe ou le sexe. Ce sont justement ces théories que Sabine Masson évoque dans son article Histoire, rapports sociaux et mouvements des femmes indiennes au Chiapas (Mexique) paru dans Cahiers du Genre en 2008. Dans cet article, Masson choisit de mettre en rapport l'étude de l'histoire d'une population de Natifs du Mexique, les Tojalabales avec les discriminations sexuelles qu'elles ont subi et dont elles sont aujourd'hui victimes. Les théories de l'intersectionnalité lui permettent de mettre en perspective plusieurs facteurs de discrimination allant ensemble dans les violences faites aux indiennes. Il convient de se demander comment le féminisme indien est rendu compréhensible grâce l'approche intersectionnelle de l'histoire coloniale et postcoloniale du Mexique (dans ce cas précis). Il s'agira d'abord d'examiner l'histoire des femmes indigènes étudiées, puis d'analyser les conséquences liées aux interprétations de Masson pour y apporter une dimension critique.

        Lorsque Masson relève ce que dit la femme Tojalabale sur la difficulté d'être à la fois indien et femme dans la société mexicaine contemporaine, des questions liées au rôle féminin dans le travail sont soulevées. Elle choisit de traiter la question du féminisme indigène sous un angle historique car elle interprète les discriminations concrètes des Natives au Mexique comme étant un héritage des politiques mexicaines passées d'organisation et de hiérarchisation de la société. Sa démarche historique est intéressante car elle permet une lecture plus fine de ce qui pourrait être remis en cause dans l'héritage colonial et postcolonial de traitement des indigènes, pour non seulement trouver les causes d'un racisme et d'une oppression du féminin entremêlés, mais aussi un moyen de caractériser le féminisme indien. C'est d'ailleurs la première partie de la démarche historique dont il est question. Afin d'expliquer que le problème s'est enraciné dans la société en héritage du colonialisme espagnol, elle introduit la notion de « colonialité du pouvoir » théorisé par Anibal Quijano. Cela s'explique par l'ensemble des procédés utilisés pour introduire la domination en Amérique Latine et ayant marqué de manière durable les peuples et le cultures qui la constituent. Autre manière de justifier son choix de l'histoire comme facteur d'explication des discriminations ayant mené à la création des mouvements d'autonomie, de reconnaissance des droits indiens et féministes indien : la reconquête de l'histoire et de la mémoire au sein de ces mouvements est un enjeu politique de taille car il permet également d'établir une identité. Ce que tend à montrer l'article, c'est la centralité des femmes et l'enjeu qu'est celui de la conquête du corps des femmes indiennes dans l'établissement de rapports discriminatoire à la fois raciaux et sexistes. De même, l'importance des femmes dans les mouvements indiens mexicains est largement évoquée. A titre d'exemple, Masson parle de « l’appropriation du corps des femmes et la division sexuelle du travail [ayant] servi de levier à la succession de modèles d’exploitation, depuis l’esclavage colonial jusqu’au néolibéralisme. ». Et en effet, c'est bel et bien cette centralité du corps de la femme dans le mécanisme de production et de contrôle social de la communauté indigène qui est en jeu dans la description de la finca.  Ce système qui était établi sur un principe d'esclavage, ou plutôt de servage permettait de contrôler les communauté indiennes en le sens où les liens entre grands propriétaires terriens et paysans indiens étaient resserrés, puisque des liens presque familiaux s'établissaient entre les deux agents économiques. La femme indienne était soumise à un quadruple travail (travail domestique chez le terrateniente et dans son foyer, ainsi que le travail manuel sur les champs des paysans et du propriétaire) qui a établi les bases de sa condition de dominée et ce, à la fois de manière intra et extra communautaire. En effet par leur travail domestique chez le terrateniente, elles étaient sujettes aux violences et aux harcèlements sexuels du propriétaire tandis qu'à l'intérieur même de leur foyer des rapports de domination entre hommes et femmes s'établissaient. Ce mécanisme est d'autant plus important pour la compréhension des inégalités homme-femme chez les Tojalabales  qu'il se base à la fois sur une répartition sexuelle et raciale du travail au sein de la communauté indigène, ainsi que sur l'établissement de liens très resserrés avec les propriétaires. En ce sens la femme est au centre du système de production mexicain et du système de contrôle de la population indigène. L'inégalité homme femme ainsi que la domination de la femme indigène est d'autant plus frappante que leur main d’œuvre est gratuite et que dans certains cas la violences faite aux femmes est « institutionnalis[ée] » par des rites d'initiation sexuelle. Il est également intéressant de relever que malgré l'indépendance les rapports coloniaux ne disparaissent pas et perdurent au contraire jusqu'aux années 1970 (au cours desquelles s'affirment des mouvements syndicaux, en faveur d'une réforme agraire et surtout un mouvement, après quoi, la femme indienne garde malgré tout une répartition du travail sexuelle, car toujours cantonnée aux même tâches que ce soit au foyer ou dans la production agricole. Masson décrit également un mécanisme important dans la domination raciale dont sont victimes les femmes mais plus généralement la communauté indienne. Elle montre que la construction d'une société métissée qui s'impose comme un mythe national inhérent à l'identité de la communauté mexicaine  aboutit paradoxalement à ce qu'elle qualifie de racisme métissophile. Elle en souligne d'ailleurs les mécanisme à la base de cette discrimination raciale : si d'un côté on décèle l'aspect positif d'une volonté d'intégration et de variété ethnique, de l'autre la politique du métissage entraîne une disparition progressive des populations indiennes au nom justement de ce mélange. Masson compare même ce racisme métisssophile à « un projet d'épuration de la race indienne ». Ce sont donc toutes ces problématiques de racisme contre les indiens traduit par l'établissement d'un système de contrôle et d'« épuration » ainsi que de sexisme à l'intersection desquelles se trouvent les femmes Tojalabales qui sont à la base d'une redéfinition du féminisme indigène.

...

Télécharger au format  txt (11.7 Kb)   pdf (103.4 Kb)   docx (14.4 Kb)  
Voir 7 pages de plus »
Uniquement disponible sur LaDissertation.com