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L’IRONIE – Plan de khôlle

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Par   •  4 Avril 2020  •  Dissertation  •  1 735 Mots (7 Pages)  •  67 Vues

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L’IRONIE – Plan de khôlle

« Quand on observe la nature, on y découvre les plaisanteries d'une ironie supérieure : elle a, par exemple, placé les crapauds près des fleurs, comme était ce duc près de cette rose d'amour. » écrivait Balzac

Ici on comprend bien que Balzac utilisait le terme d’ironie pour désigner une situation incongrue, que toute logique aurait tendance à éviter, qui ne devrait pas exister ainsi et qui pourtant, contre tout attente, existe bel et bien sous cette forme.

On approche ici le terme d’ironie par une première acception, évoquée à l’instant, celle d’une ironie de la situation, d’un monde à l’ordre inattendu. Ce terme jouit donc d’une certaine polysémie, bien que les différents sens ne s’éloignent jamais vraiment beaucoup entre eux. On dit bien « avec ironie » pour désigner l’usage d’une antiphrase, une plaisanterie, d’ailleurs « sans ironie » est bien synonyme de sérieusement.  
Il s’agit alors de dire ce qui n’est pas pour dire ce qui est ou du moins ce qui devrait être : on penser littéralement au second degré. On dit bien « qu’est-ce qu’il fait beau » pour faire remarquer qu’il pleut des cordes

On peut, à la suite des travaux de Pierre Schoentjes, établir une typologie de l’ironie en quatre catégories qui ont chacune un domaine d’action propre :

  • Ironie socratique (comportement) 🡪 il s’agit du personnage dissimulé, comme dans un art martial, Socrate utilise la force de son adversaire contre lui-même pour décrédibiliser ses propos en les montrant leur limite
  • Ironie de situation (situation) 🡪  l’ironie du sort est plus récente, elle dénote d’un certain scepticisme, d’un manque de confiance en l’univers. Dans La parure de Maupassant, Mathilde Loisel gâche toute sa vie à travailler pour rembourser la rivière de diamant qu’elle avait empruntée à son amie puis perdue. Les dernières lignes de la nouvelle en font toute l’ironie de la situation : la parure était fausse  
  • Ironie verbale (discours) 🡪 antiphrase, qui se déploie dans le discours de l'orateur.
  • Ironie romantique (art) 🡪 Elle provient d’une dualité du moi qui permet la conscience d'une opposition entre réel et idéal. elle permet de repenser l'illusion

Dans chacun de ces types d’ironie, on remarque une caractéristique commune. L’ironie est révélatrice de la dualité des choses du monde. Alors, seul un être capable de penser la dualité peut parvenir à user de l’ironie et à la comprendre. Mais comment un être simple peut-il penser la dualité, l’ambiguïté du monde ? Le simple peut-il comprendre la multiplicité ? Dans le cas de l’homme, être aux limites temporelles définies, celui-ci ne peut que penser l’éternité, sans jamais la concevoir complètement, la maitriser. Alors, penser la dualité, l’ambiguïté sous-jacente à toutes les choses du monde, implique peut être d’être soi-même un être double.

Ainsi, en quoi l’ironie apporte-t-elle un gain de sens sur la nature humaine et sur son rapport avec le monde ?

I/ Les sources de l’ironie sont puisées dans la contradiction du monde et sont significatives d’une dualité inhérente à l’existence humaine

L’ironie est une forme du mensonge. C’est un mensonge avec lequel on ne cherche pas toujours à tromper, encore que l’on y arrive souvent. Elle suppose, comme tout mensonge, une contradiction entre l’expression et une partie au moins de la pensée. En général son auteur connaît cette contradiction et il s’en sert pour quelque fin esthétique ou pratique.

L’attitude ironique de l’homme dérive naturellement de la vue des mensonges et des contradictions du monde, des sociétés, des individus. Elle est notre réaction synthétique : l’homme voit double et il doit alors accommoder sa vision pour mieux la cerner. Cette attitude suppose que nous pouvons apprécier le contraste des réalités et des apparences, de la nature des choses et des conventions sous lesquelles nous les voilons aux autres et à nous-mêmes. Quel contraste entre nos aspirations à l’amour universel, à la bonté dominant le monde, et ces luttes sanglantes dans lesquelles se ruent sans relâche les hommes ! Quel contraste entre la douceur naïve d’un enfant, et les meurtres, les peines, les ruines, les fatigues, les maladies, les souffrances de toute nature qui ont rendu possible sa venue en ce monde après tant de générations

L’ironie permet à notre esprit d’adapter son action à la situation présente et de préparer l’action future, différente et même opposée que nous devons déjà prévoir et qu’il ne faut pas rendre impossible. Elle permet à nos sentiments et à nos idées de s’organiser sans raideur et de conserver leur plasticité. Elle est la réponse naturelle de l’homme, réponse contradictoire et unifiée à la fois, aux contradictions du monde, de la vie et de l’esprit, elle le laisse à la fois s’adapter à la réalité la plus large et tâcher d’adapter la réalité à lui, dans la mesure où cela est possible.

Plus loin encore, une large contradiction soulève l’humanité contre elle-même. Comme la nature, l’homme est double, il est à la fois animal social et individu égoïste. Notre vie entière, nos sentiments, nos idées et notre conduite font perpétuellement saillir notre dualité, cette scission du moi.
Mais cette dualité est encore plus profonde : l’homme est substantiellement divisé entre corps et âme, matière et esprit. Il est la forme d’une synthèse qui provoque en lui nombre de dérèglements.
Partout cette scission agit, non seulement sur notre vie personnelle, mais sur la naissance, le développement, l’expression de nos idées sur le monde et de nos conceptions politiques et sociales.
L’homme est semblable à la figure présentée par Lautréamont dans ses Chants de Maldoror : un être déchiré en deux par l’éclair. : « La foudre a éclaté... elle s’est abattue sur ma fenêtre entr’ouverte, et m’a étendu sur le carreau, frappé au front. Pauvre jeune homme ! ton visage était déjà assez maquillé par les rides précoces et la difformité de naissance, pour ne pas avoir besoin, en outre, de cette longue cicatrice sulfureuse ! […] Je n’ai pas à remercier le Tout-Puissant de son adresse remarquable ; il a envoyé la foudre de manière à couper précisément mon visage en deux, à partir du front, endroit où la blessure a été la plus dangereuse : qu’un autre le félicite ! »
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