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Ecriture D'invention: Critique Du Film A Bout De Corse De Sidney Lumet

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Par   •  10 Novembre 2012  •  4 231 Mots (17 Pages)  •  1 052 Vues

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A Paris, le 11 Avril 2011

Cher Sidney Lumet,

Je me permets d’écrire « cher », car même si l’on ne s’est jamais rencontré, c’est à travers vos films que j’ai l’impression de vous connaitre. Je les ai tous regardés en boucle des centaines de fois ! Je connais presque toutes vos répliques par cœur et je m’en sers à chaque occasion, vous me prendriez peut-être pour une folle si vous le pouviez. C’est peut-être pour ça que je ne vous écrit que maintenant, il n’y a plus personne pour me juger, ni pour me lire d’ailleurs…

Je n’ai jamais connu un réalisateur tel que vous Monsieur Lumet.

Dans la filmographie de nombreux autres cinéastes je pouvais adorer un film et en détester un autre, en trouver un profond dans ses prises de vues et ne voir que du superficiel dans un autre. Mais vos films Monsieur, ils sont tous tellement remplis de ce désir de montrer l’individu tel qui est, ils sont tellement criant de réalisme que je pourrais m’en boucher les oreilles. Douze Hommes en colère, Le groupe... C’est cela votre génie, montrer notre société sans pour autant jeter un avis froid et irréfléchis à nos pieds. Chaque film est politique, oui, en arrière-plan. C’est presque un détail, c’est juste là, sous nos yeux, à nous rappeler quelquefois que la société est politique, comme un ami un peu lointain qui ne veut pas sombrer dans l’oubli, c’est cela votre génie, cette subtilité. Vos œuvres je les ais souvent comparés à un tableau de Monet, une infinité de points précis, de touches de couleur, de sujets différents, de suggestions, et de rêves, qui dissociés ne veulent rien dire, mais qui réunis, forment un tout cohérent qui nous transporte nous laissant essoufflés et enchantés à la fin de leur périple. Alors vous imaginez, le choc que j’ai ressenti en apprenant votre mort, il y a à peine 3 jours ? C’est idiot n’est-ce pas, mais en voyant toutes vos œuvres, qui malgré le temps qui passe ne prennent pas une ride, j’avais du mal à vous imaginer derrière votre caméra. Mais il paraît que l’on vit à travers son œuvre, je vous aurais connu alors ? Si je vous ais connu, j’ai besoin de vous rendre un dernier hommage, à cet homme derrière sa caméra, qui a su mettre au monde des chefs d’œuvres que je n’oublierais pas de sitôt.

Depuis hier je me demande comment vous montrer à quel point vos œuvres ont influencés ma vie, ce qu’elles représentaient pour moi. Et j’en suis arrivé à une conclusion ; quel plus bel hommage pour un cinéaste, qu’une de ses œuvres ? Je n’ai pas la prétention ridicule de pouvoir vous décrypter avec minutie à travers vos films, même les plus grands ont abandonnés d’ailleurs. Ni celle de trouver tous les sens cachés que vous avez semés tout au long de votre vie. Mais j’ai aimé vos films, et j’aimerais partager cela une dernière fois avec vous…

Running on Empty est sans aucun doute le film de vous que j’aime le plus ; celui que j’ai regardé avec le plus d’attention (et de mouchoirs), celui qui trône sur mon étagère à la place d’une photographie et donc celui que je voudrais partager avec vous. Qui sait, peut-être qu’en vous en parlant je trouverais encore des sens cachés.

Après de nombreuses heures à revisionner vos films, un film se démarque Running on Empty / ce n’est pas un film à suspense, il n’y a aucune scène de fuite et le FBI n’est qu’une menace virtuelle sur les personnages. Et malgré ses grands airs vous n’allez pas me dire que c’est un film politique. C’est aussi une des rares fois ou vous vous intéressez autant à un adolescent, le mettant même en personnage principal. Beaucoup de vos film se déroulaient en huit-clos, pourtant celui-ci enchaine les prises de vue en décors naturel, particulièrement tout au long de la relation qui se noue entre Lorna et Danny, où l’on sent grâces à vos prises de vues et aux décors naturels, la liberté que demande Danny et qu’il retrouve aux côtés de Lorna : tout est plus lumineux, les prises de vues plus larges, et River Phoenix plus éclatant que jamais.

Ce film suit la lignée de Daniel n’est-ce pas ? Le thème récurrent des dégâts causés par l’engagement politique des parents sur les enfants. Finalement, Running on Empty ne parle que de ça. Le poids des choix passés, sur une famille américaine d’apparence normale : le fils joueur de baseball, un chien, une jolie maison… Toute la différence est là, d’apparence seulement. Car les convictions des parents ont déterminés la vie de leur petite famille. Des convictions ou une erreur de jeunesse ? Vous ne jugez pas cela, vous vous contentez d’évoquer par petites touches cet engagement radical qui conduit depuis des années le destin de vos personnages.

Dans les premiers plans, vous ne laissez presque rien apparaître de Danny ; il a une fausse identité, a un comportement fuyant avec ses camarades. On ne sait pas encore que ce n’est pas vraiment lui, qu’il ne fait que jouer un rôle, mais un malaise est palpable sur tout le début du film. Ces premiers plans permettent difficilement de situer l’adolescent, qui tout en étant assimilé à l’image type d’un jeune américain: beau et sportif, est déjà remis en question par son air sérieux qu’il affiche avec ses lunettes, peu en raccord avec le contexte. Et puis l’on commence à se poser des questions sur son attitude étrange : pourquoi s’arrête-t-il et laisse passer la voiture ? Le soleil qui éclaire le décor contribue à laisser l’action en surface, créant une atmosphère estivale et apaisante. Et toute l’action ne fait qu’accentuer le mystère qui plane autour de Danny, même le clavier de piano qu’Harry emmène avec lui n’est pas reconnaissable : contiendrait-elle une arme ? Et malgré l’empressement des deux frères, puis des parents, toute cette scène reste bien énigmatique.

Mais le film désamorce bien vite le profil de « course-poursuite » sur lequel il démarre, plutôt doucement, pour s’inscrire presque dans une logique inverse, celle de l’installation des personnages dans une maison, une nouvelle ville, des habitudes ; vous passez pour ainsi dire de la route à la routine. Mais ce n’est pas à proprement parler une cavale n’est-ce pas ? Car la course qu’ils mènent réellement est psychologique, induite par le décor vert et placide des « suburds »…

Dès lors, deux types de rythme, conditionnent la narration : les accélérations liées aux départs précipités de la famille et les pauses dues au changement d’identité des Popes. Running on Empty s’ouvre et se clôt sous la pression

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