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De la culture populaire aux XVIIe et XVIIIe siècles - Robert Mandrou

Dissertation : De la culture populaire aux XVIIe et XVIIIe siècles - Robert Mandrou. Recherche parmi 250 000+ dissertations

Par   •  8 Octobre 2012  •  2 417 Mots (10 Pages)  •  747 Vues

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A travers ces pages, l’auteur tente de donner une sorte de photographie des habitudes culturelles dans les milieux populaires des XVIIe et XVIIIe siècles. Les ressources n’étant pas nombreuses et l’oralité étant encore très présente durant cette époque, l’historien n’a pu nous rendre qu’une image restant floue. Néanmoins, certains écrits sont parvenus jusqu’à nous, permettant de mettre à jour une littérature souvent restée dans l’ombre. Il existe effectivement une ville où les livres bleus ont trouvé leur place, à Troyes, plus précisément sur les rayons de la Bibliothèque Bleue. Robert Mandrou nous en dresse ici le portrait et le mode de fonctionnement. De ce fait, il nous explique comment le colportage a permis un si grand succès dans les villages les plus reculés ; comment les éditeurs s’y prenaient pour ces récits ; et enfin, quels en sont les grands thèmes.

En conclusion, ce voyage à travers les milieux populaires français durant l’Ancien Régime permet de se rapprocher et de connaître mieux cette tradition orale et littéraire.

2. Contexte littéraire des XVIIe et XVIIe siècles

Avant de décrire les origines de cette littérature populaire, il est nécessaire de reconstituer le contexte littéraire du XVIIème siècle. Certains points de celui-ci expliquent déjà pourquoi cette littérature a eu tant de mal à parvenir jusqu’à nous.

D’abord, il faut savoir que durant le XVIIe siècle, les écrivains ont dû se conformer au clientélisme et au mécénat. D’une part, ils étaient réduits à un travail de secrétariat, ne se faisant pas reconnaître pour leur talent artistique. D’autre part, le mécénat ne leur laissait pas une complète liberté dans leurs ouvrages, devant répondre aux demandes de leur mécène ou du Prince. De plus, ils ne recevaient qu’une légère part des bénéfices, aléatoirement.

Cependant, le XVIIème siècle permet à l’auteur d’élargir son public et de s’affirmer. Désormais, il va essayer d’imposer son nom et de récolter les profits de ses œuvres. Par exemple, Corneille revendiquera un paiement proportionnel au nombre de représentations et aux nombres de spectateurs.

Ensuite, le XVIIe siècle voit apparaître les académies et surtout, en 1635, la fondation de l’Académie Française. Celle-ci a pour buts de fixer la langue française (grammaire, orthographe…) et de contrôler l’émergence de certains écrivains. De ce fait, en accordant une reconnaissance sociale à certains milieux, elle en exclut d’autres, telles les classes populaires et leurs lectures. En effet, on commence à hiérarchiser les écrivains, mettant en haut de la pyramide les auteurs étant sous la tutelle d’un mécène et à la base, le clientélisme. Les auteurs des livrets bleus étaient donc exclus de cette hiérarchisation.

Hormis le fait que ce genre de lecture était réservé à la « basse classe », il y a une autre explication à donner à la non-reconnaissance de ces auteurs par l’Académie Française. En effet, ceux-ci n’étaient pas de réels écrivains. Lorsque l’éditeur de tels ouvrages voulait trouver des sujets à mettre sous presse, il ne faisait pas appel à de vrais auteurs, cela lui aurait coûté trop cher. Ainsi, il demandait à ses ouvriers imprimeurs de s’improviser compositeur et de rédiger les livres bleus, dans tel et tel genre. Ces derniers puisaient dans le fonds ancien de l’imprimerie à laquelle ils appartenaient, c'est-à-dire dans la masse des publications réalisées au cours du XVIe siècle. Ces archives étaient peu nombreuses et étaient constituées de la culture savante de l’aristocratie médiévale : livres de piété, romans de chevalerie, traité d’occultisme, almanachs, etc. C’est pourquoi cette littérature populaire n’a pas été reconnue par les hautes institutions, telle l’Académie Française. En effet, on est loin du modèle de l’affirmation de l’auteur.

Enfin, on retrouve une juxtaposition de trois traditions littéraires correspondant aux trois classes dominantes. Premièrement, comme nous venons de le citer, il existe encore des survivances de la culture féodale médiévale : romans de chevalerie, chansons de geste persistant à travers les siècles et les coutumes malgré son abandon par la noblesse. Deuxièmement, la culture cléricale constituée au Moyen-âge est toujours vivante auprès des théologiens et des clercs. Dernièrement, et non la moindre, il existe une culture bourgeoise, laïcisée en grande partie, inspirée de l’héritage gréco-romain retrouvé à la Renaissance. Cette culture savante est désormais considérée comme la référence principale dans la connaissance française tout entière et devient bientôt la « seule vraie ».

On constate donc que le rayonnement de ces œuvres a occulté par son génie et sa philosophie une autre littérature, pourtant bien présente dans les régions moins proches du cœur culturel qu’est Paris.

3. Origines de la culture populaire : La Bibliothèque Bleue de Troyes

Les origines de cette culture populaire sont assez floues. En effet, la tradition orale était encore bel et bien présente durant le XVIIe siècle. De plus, ces livrets ne se présentaient pas sous la forme de livres fabriqués traditionnellement à l’époque (reliure veau, dos gravés or etc.). Le livre bleu ressemblait plutôt à un petit cahier, relié d’une ficelle, recouvert d’une feuille bleue sans titre, ni dos. La mauvaise qualité du papier, buvant l’encre baveuse de cette production à moindre prix, n’a pas permis une excellente conservation de ces ouvrages. C’est ainsi qu’après avoir été rejetée par l’Académie Française, la littérature populaire l’a été par les historiens préférant s’intéresser aux réussites de la culture savante immédiatement accessible dans les bibliothèques.

Cependant, il existe bel et bien une bibliothèque recueillant une grande partie de ces cahiers, la Bibliothèque Bleue de Troyes. Cette dernière est la meilleure ressource connue par les historiens en la matière, même si elle ne contient qu’une petite partie des éditions de l’époque.

Au début du XVIIe siècle, une famille de libraires-éditeurs de Troyes s’est mise à publier autre chose que les livres ordinaires : de petits livres, de quelques pages, à l’intention des colporteurs. Cette idée leur valut une grande réussite au point d’être imitée dans la France entière, développant une imprimerie nouvelle, à l’intention d’un public neuf. En effet, l’aspect de ces petits livrets le prouve, ainsi que son prix, un sol ou deux, à la portée de quiconque. Ils envahiront très vite l’ensemble des milieux populaires français

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