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Lecture linéaire Juste la fin du monde 2 eme partie scène 3

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Par   •  21 Juin 2022  •  Commentaire de texte  •  2 989 Mots (12 Pages)  •  184 Vues

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Juste la fin du monde 1990

Intro

Bonjour je vais vous présenter la lecture linéaire de la deuxième partie scène 3 de la pièce de théâtre : « Juste la fin du monde » de Jean luc Lagarce. Comédien, metteur en scène, directeur de troupe et dramaturge. Il apprend, en 1988, qu’il est atteint du sida et se sait condamné. En 1990, il écrit Juste la fin du monde. Malgré sa mort prématurée en 1995, à l’âge de 38 ans, Jean-Luc Lagarce laisse derrière lui plusieurs dizaines de pièces qui rencontreront un succès posthume.

Lecture

Intro à l’analyse

Comment la tirade finale d’Antoine accable-t-elle Louis de culpabilité tout en le considérant avec amour et compassion ?

Dans une première partie, du début à « on se tait. », les personnages féminins s’effacent pour laisser place à la confrontation entre Louis et Antoine.

 Dans une deuxième partie, de « Tu dis qu’on ne t’aime pas » à « tu en fus protégé », Antoine reproche à Louis de s’être plaint d’un manque d’amour.

 Dans une troisième partie, de « je pense » à « t’en rendre compte », Antoine dit avoir cru que Louis manquait d’amour.

Dans une quatrième partie, de « Je cédais. » à « te sauver », Antoine considère qu’il fut privé de l’amour familial à cause du prétendu malheur de Louis.

 Dans une cinquième partie, de « Tu es là » à « contre moi-même », Antoine s’en veut déjà d’accabler ainsi Louis, dont il ressent la souffrance.

 Enfin, dans une sixième partie, de « Louis ? » à la fin, Antoine prend à témoin l’assentiment d’une famille silencieuse.

Analyse

I – Les personnages féminins s’effacent (Du début de la scène à « on se tait. ») 

Suzanne ouvre la dernière scène comme elle ouvrit la première : « Et puis encore, un peu plus tard. » À travers l’expression « un peu plus tard« , Lagarce rappelle que le temps est la véritable fatalité dans cette pièce : il s’écoule inexorablement et rattrape les personnages. L’onirisme de cette brève réplique contraste avec le prosaïsme qui domine les dialogues. Cette précision temporelle place en effet Suzanne en narratrice distante. La mère se met également à distance de l’intrigue, physiquement : « Nous ne bougeons presque plus, nous sommes toutes les trois, comme absentes » Par leur silence et leur immobilité, les trois personnages féminins s’effacent, comme contaminées par la mort qui va frapper Louis. Ce dernier demeure face à son frère, comme dans une arène où une ultime confrontation va avoir lieu.

 II – Antoine reproche à Louis de s’être plaint de manquer d’amour (De « Tu dis qu’on ne t’aime pas » à « tu en fus protégé ») 

La tirade d’Antoine s’ouvre sur un reproche frontal, représentatif de ce personnage souvent brutal : « Tu dis qu’on ne t’aime pas ». Louis se définirait par ce déni d’amour, comme l’indique la répétition de ce reproche à différents temps verbaux : « je ne garde pas la trace que tu n’aies fini par dire qu’on ne t’aime pas » ; « qu’on ne t’aimait pas » , « que personne, jamais, ne t’aima » . Les cassures syntaxiques et l’épanorthose mettent en emphase le reproche, répété maintes fois. La phrase qui ouvre la tirade d’Antoine est lourde et pesante en raison des propositions subordonnées et de l’anaphore en « que » : cette parole lente et labyrinthique souligne la remontée des tensions et la libération de la parole. Antoine remonte en effet à la source, à l’enfance, comme en témoigne le champ lexical du passé : « à aucun moment de ma vie » , « aussi loin que je puisse remonter en arrière » , « Tu es enfant, je te l’entends dire ». Le présent de l’indicatif dans cette dernière proposition souligne la prégnance du passé qui pèse sur le présent. Antoine accuse Louis d’avoir formulé des reproches infondés : « Tu ne manquais de rien et tu ne subissais rien de ce qu’on appelle le malheur. » Les nombreuses tournures négatives (« ne..rien » , « je ne sais pas », « sans que » ) expriment péniblement les idées d’Antoine. Derrière cette critique, Antoine dessine toutefois un éloge très discret du frère aîné qui aurait été prémuni de « l’injustice de la laideur ». Cette remarque suggère en creux qu’Antoine n’a pas eu cette chance et a subi des humiliations que Louis n’a pas connu. Antoine dénie donc à Louis le fondement de son identité : ce malheur qui le définit dès le prologue.

III – Antoine dit avoir cru que Louis manquait d’amour (De « je pense, je pensais » à « tu ne sauras t’en rendre compte ») 

Antoine poursuit sa réflexion en rappelant qu’il a envisagé que Louis ait pu avoir raison. Antoine juxtapose deux temporalités verbales : « Je pense, je pensais » Ces changements de temps soulignent le caractère obsessionnel de cette réflexion qui hante Antoine depuis longtemps. Les brisures syntaxiques dans la tirade d’Antoine restituent les incertitudes de ce dernier : « peut-être, sans que je comprenne […] tu n’avais pas tort, et que en effet […] nous n’étions pas bons avec toi et nous te faisions du mal. » Antoine admet avoir cru que son frère put souffrir d’un désamour généralisé. Il éprouva de la culpabilité à cette idée et une « peur qui [le] rendait malheureux à [s]on tour ». Cependant cette peur coupable n’apaise en rien Antoine qui se retrouve « malheureux à mon tour, mais coupable encore » Louis est donc présenté comme la source d’un malheur qui contamine les autres membres de la famille. Antoine évoque alors l’avis partagé par « beaucoup de gens » formant la collectivité d’un « nous » : « nous pensions que tu n’avais pas tort, […] nous ne t’aimions pas assez, ou du moins, nous ne savions pas te le dire ». Antoine oppose ainsi le « nous » collectif à Louis. Ce jeu sur les pronoms souligne la brisure ancienne entre Louis et sa famille, à laquelle le jeune homme semble n’avoir jamais appartenu. À travers le champ lexical de la souffrance, Antoine reproche à Louis de s’être fait passer pour un martyre de l’amour, pour une victime innocente : « que tu n’avais pas tort » , « le crier« , « comme on crie les insultes » . Mais Antoine rapporte ces réflexions sans compassion. L’imparfait (« nous pensions » , « que nous ne t’aimions pas assez » …) souligne la distance qu’a pris Antoine vis-à-vis des reproches de son frère. Antoine remarque l’identité qu’il y a entre l’amour et la déclaration d’amour : « cela revient au même, ne pas te dire assez que nous t’aimions, ce doit être comme ne pas t’aimer assez ». Cette phrase est intéressante car elle offre une réflexion sur le rôle du langage. Pour Antoine, le langage donne corps et existence à un sentiment. Et il ajoute : « Rien jamais ici ne se dit facilement ». Il souligne l’effort pénible et permanent des personnages pour exprimer ce qu’ils éprouvent. Cette réplique souligne la différence de mode de communication entre Louis et sa famille. Antoine reproche à Louis d’avoir « crier » son manque d’amour dans une famille mal à l’aise avec la parole. Pour Antoine, l’amour familial ne passait pas par les mots mais par « certains gestes, les plus discrets, les moins remarquables, à certaines prévenances » . On peut voir ici une référence aux tropismes de Nathalie Sarraute. Pour Nathalie Sarraute, les tropismes sont des mouvements et impressions indéfinissables, rapides, qui révèlent l’intériorité des personnages. Le superlatif « plus que jamais… » insiste sur l’amour profond et réel que la famille de Louis lui porte. Mais cet amour familial est condamné à n’être pas perçu par Louis comme le souligne la négation partielle qui porte sur le temps : « jamais tu ne sauras t’en rendre compte.«

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